Information ou intox du consommateur : c'est quoi la différence ?
A cinq mois des élections, bizarre, bizarre.
Le contexte ? Une association de consommateurs au dessus de tout soupçon, Que Choisir, qui a mené des croisades contre des cartels dans différents secteurs d'activité, s'en est pris récemment à deux fleurons de l'entreprise en France, Total et les distributeurs d'eau, en réclamant des mesures radicales pour lutter contre les bénéfices scandaleux (taxer les multinationales d'un côté, dé-privatiser les services d'eau de l'autre), à chaque fois en s'appuyant sur des arguments chiffrés difficiles à contrôler par le consommateur.
Les Distributeurs d'eau : En caricaturant l'analyse de Que Choisir, l'eau est moins chère dans les Alpes qu'en Ile de France, la différence proviendrait des bénéfices faramineux des sociétés privées. Dans les Alpes, ce sont des Régies Municipales. Conclusion, les maires qui ne mettent pas la dé-privatisation au centre de leur programme électoral sont de mauvais gestionnaires. La réalité est hélas très différente, les gestionnaires privés sont plus efficaces que le secteur public mais les gains de productivités réalisés permettent d'investir davantage pour le futur, alors que les régies municipales investissent très peu. Un blog sur le sujet, Prix de l'eau potable.
Les Pétroliers : En caricaturant l'analyse de Que Choisir, il faudrait taxer les bénéfices encore davantage car ces bénéfices auraient été faits sur le dos des consommateur. Alors que dans les faits, la valeur boursière des pétroliers n'a presque pas augmenté malgré le doublement du prix du pétrole (l'essentiel de la hausse du brut profite aux pays producteurs), et que l'effet des stocks pourra créer des déficits importants l'an prochain si le pétrole revient à moins de 60 ? comme le suggère la Banque Morgan Stanley.
Donc deux sujets, deux argumentations claironnantes fondées sur des chiffres détaillées, mais des conclusions biaisées par un parti pris sur le thème que les bénéfices se feraient sur le dos du consommateur, et qu'il faudrait que les multinationales rendent une partie de leurs bénéfices faramineux au consommateur.
Est-ce de la désinformation ou de la manipulation ?
Je serais critique, je dirais que les informations données par Que Choisir aux consommateurs sont sujettes à caution voire carrément fantaisistes (les pétroliers s'enrichiraient avec l'augmentation du prix du pétrole sur le dos des consommateurs, les distributeurs d'eau feraient 40 à 50% de bénéfices sur le dos des consommateurs), et que les conclusions de leurs experts sont calées sur des prises de positions politiquement marquées mais encore minoritaires dans le pays.
Ma question est donc la suivante : quand on diffuse massivement à tous les médias le 30 octobre un résumé d'une étude d'expert qui conclut que les bénéfices faramineux des distributeurs d'eau ne méritent qu'une solution, le retour au secteur public, et quand les médias relaient au mot près les conclusions de UFC Que Choisir sans le moindre esprit critique, est-ce de l'info ou est-ce de l'intox ? Et si intox, dans quel but ?
Est-ce que la fin - faire baisser coûte que coûte le prix de l'eau, quitte à pousser à la résiliation des contrats en cours - justifie les moyens - faire passer les distributeurs d'eau pour des escrocs et discréditer les élus à 5 mois des élections municipales ?
Il n'y aurait que l'eau potable, je me dirais que c'est une croisade ancienne d'UFC contre cette corporation. Avec le pétrole, je me dis que cela devient un projet politique. Ce n'est plus de la désinformation - diffuser des informations trompeuses pour fragiliser l'adversaire - c'est de la manipulation. Et à 5 mois des municipales, c'est une ingérence dans le processus électoral donc cela devient du lobbying politique.
Quelle drôle de position pour une association apolitique : faire payer les riches, taxer les bénéfices, dé-privatiser des services délégués et faire la promotion du Secteur Public !
Ma question devient donc la suivante : est-ce le rôle d'une association apolitique de manipuler l'opinion publique en diffusant des chiffres fantaisistes qui accréditent des thèses politiquement très marquées à gauche afin de peser sur le contenu ou l'issue d'une campagne électorale ? Est-ce le rôle des médias de relayer massivement les conclusions de cette association compte tenu de son autorité morale ?
La démocratie en ligne, c'est de marquer une frontière très nette entre l'information et la thèse entachée d'un parti pris idéologique. Diffuser comme une information avérée car cautionnée par Que Choisir des informations fantaisistes et intéragir avec les élections municipales, c'est de la manipulation de l'opinion. C'est haissable. Soit Que Choisir abandonne son statut d'association apolitique, et les médias feront le filtre. Soit elle revendique sa neutralité, mais il faut que les internautes réagissent.