Comment réduire significativement la dette publique tout en assurant les missions de service public?
"C'est vrai que c'est un problème (ndlr: la dette) très important, puisque cela consiste finalement à faire peser sur les générations futures le poids des dépenses d'aujourd'hui, disons pour aller simple. Aujourd'hui, il y a 1.200 milliards d'euros de dette, c'est-à-dire 6 mois de production du pays tout entier, 6 mois de PIB (comme on l'appelle). Quand je suis arrivée, à titre de comparaison, à la tête de la région Poitou Charente, l'équipe précédente avait multiplié la dette par 4. Aujourd'hui, j'ai stabilisé cette dette, et je commence à amorcer la décrue. Comment ? D'abord en faisant un certain nombre d'économies, en réduisant le train de vie de la région. Donc je pense que dans toute collectivité, que ce soit une région ou l'Etat, il y a des économies à faire, des dépenses à rationaliser, et ça j'en ai bien l'intention. Ensuite bien évidemment, les ressources publiques entrent dans les caisses, que ce soit l'Etat ou les comptes sociaux, lorsqu'il y a du développement économique. Donc, il faut relancer le développement économique qui, aujourd'hui, stagne dans le pays. Comment relancer le développement économique, c'est-à-dire que les entreprises fonctionnent bien, qu'elles aillent de l'avant, qu'elles fassent des bénéfices, que ces bénéfices ensuite soient répartis en salaires, donc ensuite les gens paient des impôts, donc les impôts rentrent dans les caisses de l'Etat qui peut, du coup, faire ses dépenses, notamment d'éducation dont on vient de parler. Et puis les cotisations sociales, la maladie, la retraite, à ce moment-là aussi, les cotisations rentrent dans les caisses. Voilà comment marche le développement économique et le développement social. Et moi je crois qu'il va falloir mettre en place un pacte à 3, entre les entreprises, les salariés et les pouvoirs publics, pour réconcilier les entreprises avec le pays. Aujourd'hui, les gens souvent s'opposent les uns aux autres, les salariés sont souvent mal rémunérés au sens où, il n'y a pas de transparence sur la répartition des bénéfices des entreprises entre le capital et le travail, alors que si chacun a le sentiment d'être justement traité, si la sécurisation du travail revient à la place de la précarité, à ce moment-là on aura des salariés bien motivés, et donc des entreprises compétitives. Je crois aussi qu'il va falloir faire un effort considérable, comme l'ont fait les pays du Nord de l'Europe avec succès, c'est-à-dire en rétablissant les équilibres des comptes publics, en luttant contre la dette. Comment ont-ils fait ? Ils ont investi massivement dans la qualification des personnels, dans la qualité du dialogue social, et donc les entreprises sont devenues plus compétitives. Et dans la mondialisation, pour aider ces entreprises à être agiles, à être offensives, à gagner des marchés, on a besoin d'investir dans la recherche, dans l'innovation et dans la qualité du dialogue social, parce que tout cela est producteur de valeur ajoutée, et c'est la valeur ajoutée qui permet au pays d'avancer."
Extrait d'une interview de Ségolène Royal sur France Inter. 13/11/06
http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=interventions&id=421
Dernières pages disponibles sur ce theme.