Comment aborder la question de l'insecurite dans sa globalite?
"(...)Contre le désordre des choses et le dérèglement des conduites, il est possible de rétablir un ordre juste qui ne soit pas l’illusoire retour aux manières de faire du passé. A condition que nous ayons, à gauche, le bon fil à plomb et que nous tenions fermes sur le principe fondateur d’un ordre solidaire autrement ambitieux que l’ordre au petit pied du tout sécuritaire sur fond de dérive vers le précariat pour tous. Ce principe, je l’appelle la juste autorité. Un Etat qui se respecte est un Etat respecté, producteur de sécurités individuelles et collectives. L’autoritarisme, fait de coercitions sur fond d’injustices, n’est pas l’autorité car il crée des révoltes donc des désordres. L’autorité vraie « oblige », au sens le plus noble d’une obligation librement consentie, sans avoir besoin de s’imposer par la force. L’autorité vraie suppose un pouvoir légitime et reconnu comme tel. (...)
L’autorité, la vraie, suppose la reconnaissance et la réciprocité. L’autorité, la vraie, est une force qui relie les uns aux autres et se porte garante du collectif, pas un ferment de division et de fragmentation sociale, pas un facteur d’irresponsabilité au sens où l’on ne « répond » plus de ses actes mais n’a qu’une obsession : durer, durer à tout prix dans l’accaparement d’un pouvoir privé d’autorité.(...) La juste autorité à laquelle je crois n’est pas le retour en arrière vers un système périmé où les inégalités étaient légion. Elle est également aux antipodes de la table rase et du « il est interdit d’interdire ». Je sais que le mot autorité fait parfois froncer le sourcil à ceux qui le confondent avec des dérives autoritaristes et des tyrannies domestiques qui ne nous sont plus tolérables. (...) A l’école aussi, c’est de juste autorité qu’on a besoin. Ni de laxisme ni d’autoritarisme mais de missions clairement refondées, sans confusion des rôles, de règles justes qui s’imposent aux adultes comme aux élèves, de preuves données que l’échec scolaire n’est pas une fatalité, que le travail, l’effort, le mérite sont récompensés et chacun individuellement épaulé pour qu’aucun élève ne vive sa scolarité comme un ennui ou une souffrance, ce qui est le cas d’un grand nombre d’entre eux, au grand découragement d’enseignants qui se sentent souvent plus livrés à eux-mêmes qu’efficacement aidés. Cette autorité-là, appuyée sur un ordre scolaire vécu par tous comme juste, est la meilleure prévention des violences à l’école et des ressentiments qui explosent à l’improviste. Plutôt que des policiers dans les établissements et l’apprentissage à 14 ans, ce que j’ai constaté dans les collèges lorsque j’étais ministre de l’Enseignement scolaire et que je constate aujourd’hui dans les lycées de ma région, c’est l’importance, pour réussir, d’équipes pédagogiques soudées et motivées, au clair sur leur projet et cohérentes dans leurs relations avec les élèves."
Extraits du discours de Ségolène Royal sur « La juste autorité de l'Etat » à Rodez. 12/05/06
http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=interventions&id=100
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