Les éditos de Démocratie en ligne
Et si on passait à la VIème ?
21/03/2007 > 11h27
D'où nous vient cet enivrant parfum de changement ? Il embaume les narines des uns et titille celle des autres. Ce n'est pas le printemps qui est en cause ici mais bien les QG de campagne. Sur l'air de « Et on démarre une autre histoire » du chanteur des années 80 Gérard Blanc, nos prétendants à l'Elysée nous invitent à tourner la page. Avec leur profonde envie de faire le ménage ce printemps, les Français les écoutent d'une oreille attentive.
Il faut dire que l'invitation au voyage est belle. Imaginez un instant une chanson à la douce mélodie mais aux paroles révolutionnaires. Pour mieux comprendre ce qui se trame, intéressons-nous au leitmotiv d'un grand nombre de candidats. Leur souhait ? Faire une croix sur la Vème République et passer à la VIème. Leur credo: et si les institutions étaient responsables de tous nos maux ? Pour eux, le changement ne pourra se faire sans dépoussiérer notre constitution qu'ils jugent « à bout de souffle ». Statut pénal du président, quinquennat...rien n'y a fait. Même fortement modifiée sous l'ère Chirac, la Vème constitution ne leur convient plus. Un bouc-émissaire idéal qui arrive à point nommé pour qui a besoin de relancer sa campagne.
Fraîchement ralliée à cette cause, Ségolène Royal en est déjà devenue la figure de proue. En s'engageant à aller « le plus loin possible », la candidate du Parti socialiste désoriente d'ailleurs une nouvelle fois les éléphants. Car seule une frange étroite de ses camarades menée par Arnaud Montebourg y est favorable. Rattrapée dans les sondages par le challenger Bayrou pro VIème Constitution, il lui fallait riposter. Pour mieux l'étouffer, la candidate a donc décidé d'épouser ses idées. A moins que ce ne soit le point de départ d'un terrain d'entente en vue d'une alliance future.
Et les autres candidats ? Les « petits » aussi sont quasiment tous favorables à une remise à plat du système. C'est d'ailleurs probablement pour ne leur laisser aucun espace politique que la candidate socialiste et le centriste s'accaparent ce sujet tremplin dans l'opinion. Reste Nicolas Sarkozy. Lui, déplore cette attaque groupée. Et profite de l'occasion pour rappeller son attachement aux institutions de la Vème République même si il prévoit un nombre limité de réformes. Une attitude bien prudente pour le candidat auto-proclamé de la rupture.
En réalité, si la tentation est grande, le pari est risqué. D'abord parce que toucher au volet institutionnel, c'est opter pour la solution de facilité. Le courage serait de composer avec une constitution semblable à celle d'autres pays de l'OCDE et qui nous a garanti une certaine stabilité. Et puis surtout parce que trouver un nouvel équilibre qui convienne au plus grand nombre nécessite une situation exceptionnelle qui n'est pas la nôtre. C'est probablement la leçon que doit tirer la première femme ayant une chance d'accéder à la fonction suprême. Une nouvelle fois, le flottement a été perceptible entre la garde rapprochée de la candidate et le siège du PS rue de Solférino. Un couac sémantique (adoption d'une VIème république d'un côté, simples évolutions institutionnelles de l'autre) qui laisse planer le doute sur la capacité du Parti socialiste à adopter une position commune sur les institutions. Si c'est impossible en interne, comment espèrent-t-ils mettre d'accord 63 millions de Français ? Mais ça, c'est une autre histoire.
Jordan Lolo-Paolini
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