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Comment permettre à l'enseignement supérieur de mieux repondre aux attentes du marche du travail?


"L’avènement de la société de la connaissance pose à notre pays deux questions principales, qui ont évidemment des liens, mais qui ne sont pas tout à fait les mêmes. La première porte sur la qualité et l’équité de notre système de formation ; la seconde sur le dynamisme de notre système de recherche et d’innovation dans une compétition mondiale d’intensité croissante.
Notre système d’enseignement supérieur donne-t-il à nos jeunes toutes les chances, et des chances égales, de s’insérer dans la vie ? La réponse est non.
Notre université n’a certes pas démérité. Elle accueille presque deux fois plus d’étudiants qu’en 1980 avec des moyens à peine supérieurs. Elle a un taux d’échec beaucoup trop élevé, mais on lui interdit de sélectionner les étudiants et elle subit le contrecoup d’un enseignement scolaire qui a réduit ses exigences. Elle dispense d’excellentes formations professionnalisantes et reste au meilleur niveau international pour l’enseignement des mathématiques, de la physique, de la biologie, de la médecine. La France est ainsi à égalité avec les Etats-Unis et la Russie au nombre de médailles Fields obtenues depuis 1982. C’est bien là d’ailleurs ce qui est désolant : nous formons d’excellents scientifiques, mais nous les laissons partir à l’étranger, à Londres dans les back office de la City, aux Etats-Unis dans les laboratoires de recherche.
Quant à nos grandes écoles, elles sont trop petites, insuffisamment portées sur la recherche, socialement monolithiques. Elles n’en apportent pas moins une contribution décisive à la formation des élites de ce pays. Elles sont d’ailleurs contre leur gré les instruments d’une formidable hypocrisie : celle d’un système éducatif à deux vitesses qui permet aux enfants favorisés d’obtenir rapidement un diplôme et un emploi tandis que d’autres, moins chanceux ou moins informés, sont abandonnés à leur sort dans des filières sans débouchés ou auxquelles ils n’ont pas été préparés.
Mais lorsque le chômage des jeunes atteint 25%, lorsque toute une jeunesse se sent fragile devant le monde du travail, lorsqu’on est obligé de multiplier les plans de formation, les contrats spéciaux, les dispositifs d’accès à l’emploi pour des milliers de jeunes désœuvrés, c’est qu’on n’a visiblement pas donné au service public de l’Education nationale les moyens de remplir sa mission.
Bien sûr, il faut faire de l’université une priorité budgétaire. L’université accueille 67% des étudiants, mais le budget par étudiant y est inférieur à celui d’un lycéen, près de trois fois plus faible que celui d’un étudiant suisse ou américain. Cet effort budgétaire permettra d’augmenter la rémunération des enseignants, de rénover les locaux, d’acquérir du matériel de recherche, d’encadrer les étudiants en difficulté. Je propose par conséquent que l'effort de la nation en faveur de l'enseignement supérieur augmente de 50% d'ici à 2012, soit une augmentation de 5 milliards d'euros.
Mais cet effort n’aura aucun effet s’il continue d’alimenter un système qui conduit 45% des étudiants à l’échec et tant de diplômés au chômage. Depuis 25 ans, la gauche mystifie le pays et ment à la jeunesse en leur faisant croire que la démocratisation de l’enseignement, c’est un maximum de jeunes faisant des études le plus longtemps possible. C’est une faiblesse politique coupable, car il est plus facile de créer l’illusion de la démocratisation en réduisant les exigences et en laissant des milliers d’étudiants s’engouffrer dans des filières sans issue, que de veiller à ce que chacun reçoive un enseignement de qualité, reconnu, lui permettant trouver un emploi.
Plutôt que d’orienter les étudiants vers des filières qui correspondent à leur aptitude et au besoin du monde du travail, notre système préfère sélectionner par l’échec après l'entrée et jusqu'à la sortie.
Car il n'y a que les naïfs ou les gens de mauvaise foi pour ne pas voir que la sélection est d'ores et déjà une donnée de notre système. Cette sélection, elle s'opère aujourd'hui dans les conditions les plus iniques et les moins acceptables qui soient. Alors je pose la question à tous ceux qui souhaitent que rien ne change dans ce domaine et qui confondent, sciemment ou non, l'égalité des chances qui intègre et promeut en pleine lumière avec l'égalitarisme, qui exclut dans l'opacité et le mensonge : comment peut-on tolérer une telle situation, qui devrait révolter tous ceux qui se disent soucieux de justice et qui proclament leur préoccupation pour l'avenir de notre jeunesse ?"

Extraits du discours de Nicolas Sarkozy à l’Université d’été de l’UMP à Marseille. 3/09/06.
http://www.sarkozynicolas.com/


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